Depuis quelques semaines, je n'entends parler que de ça : la crise financière américaine qui va balayer le monde, enfin pas tout à fait puisque je doute qu'en Afrique ou en Amérique du Sud les effets soient aussi forts que dans les économies fortement globalisées.
A Mansfield, chez les étudiants, ce n'est pas le principal sujet de conversation, excepté en cours de sciences Politiques où le débat bat son plein, faut bien le dire, c'est plus intéressant que de lire les bouquins sur la grande démocratie américaine.
Voici donc un petit coup de gueule, parce que je regarde les informations françaises de temps en temps, même si ne pas voir la trombine de Sarkoléon le Petit chaque jour n'est pas quelque chose qui me manque vraiment ici. C'est fou le nombre de bétises qu'on peut voir dans les journeaux. J'aimerai replacer certains trucs, ayant la chance de vivre dans le joli pays de la crise.
La crise financière américaine n'existe pas que depuis un mois, c'est pourtant ce qu'on pourrait croire en lisant les journeaux, et pas à cause de trois PDG qui sont partis avec des parachutes dorés. Ce n'est pas non plus la faute des magouilles de Wallstreet même si leur comportement est scandaleux.
La crise financière couve depuis un an, elle a commencé l'an dernier vers septembre avec la crise des subprime aux Etats-Unis.
Il faut savoir que les américains ont un comportement économique assez particulier : ils empruntent pour consommer, épargnent très peu et passent leur vie à rembourser. En gros ils consomment ce qu'ils n'ont pas.
Les subprime sont un type d'emprunt bancaire pour lequel on donne comme garantie sa maison, principe de l'hypothèque (mortgage aux usa) bref c'est un prêt hypothécaire. Le fait est que les habitations étaient surévaluées et que les taux d'intérêts auxquels les banquiers prêtaient étaient risqués (comprendre bas étant donné le risque que les gens ne remboursent pas!).
La réserve fédérale américaine (fed) a apparemment couvert ce type de prise de risque de la part des banques. Mais en 2004 et 2007, la fed a relevé ses taux directeurs et donc les taux d'intérêt pour les subprime ont augmenté. Pour les ménages, cette augmentation a été très problématique car ils n'ont pas pu suivre et n'ont pas pu rembourser l'emprunt. Ils ont perdu leurs maisons et les banques se sont retrouvées propriétaires d'habitations qu'elles n'arrivaient pas à revendre.
La crise s'est propagé (effet domino) au marché immobilier du fait du grand nombre de maisons à vendre, mettant dans l'embarras de nombreux ménages mais aussi les banques qui n'arrivaient pas à rentrer dans leurs frais.
Tout ça s'est aggravé en crise financière, malgré les quelques plans de sauvetage Bush, pas stupides mais insuffisants. Le fait est qu'aux Etats Unis il y a une correspondance entre marchés bancaire et marchés financiers (comprendre bourse) qui n'existe pas ou moins en Europe.
Par dessus tout celà (la situation n'était déjà pas brillante), ont été découvert des manoeuvres an-éthiques à Wall street qui ont fait perdre encore davantage la confiance des petits actionnaires (ceux qui ne prennent pas les décisions et donc qui n'ont pas les moyens de magouiller).
Il faut savoir que les américains n'épargnent pas, mais qu'ils placent leur argent en bourse. Cet argent, ils sont en train de le retirer ou de le placer le plus sûrement possible d'où une aggravation parce qu'ils ont tendance à vendre leurs actions !!
Les faillites des grandes enseignes seraient dûes à des mauvaises décisions des actionnaires, mais aussi à la généralisation de la crise des subprime qui fait effet boule de neige.
Actuellement, le gouvernement américain rachète avec l'argent des contribuables (comprendre nationalisation !!!! sisi aux usa) certaines grandes enseignes en faillite. D'où un débat énorme dans le coin.
Qui faut-il sauver ??
Les actionnaires minoritaires qui y perdent ? les pauvres plus dûrement touchés par la crise? Les ménages qui n'ont plus de maisons du fait de la crise des subprimes ?
Ou bien les grandes enseignes ? Alors que leur faillite est aussi dûe à des erreurs des actionnaires majoritaires qui ont fait des mauvais choix ?
Ce dernier fait a l'air de choquer les américains : le rachat des bétises des actionnaires avec leur argent, ou l'argent que l'état n'a pas donc qu'il emprunte et que les américains vont rembourser sur des années. Le fait est aussi qu'en rachetant certaines enseignes, le gouvernement espère limiter les dégâts économiques et mettre des institutions bancaires sous tutelle financière.
Je pense que la crise actuelle, n'est pas due à la bétise de trois dirigeants et actionnaires mais qu'elle est structurelles : on a des règles (ou plutôt une absence de règles) qui ont permis (et c'est pas la première fois) à une crise de se profiler et à des dirigeants d'en profiter. Même Mac Cain appelle désormais à la régulation, ce qui est un comble ici aux Etats Unis grand pays du libéralisme économique.
A ce propos, notre mail-aimé président Sarkozy n'a jamais été ultra libéral comme j'ai pu le lire ici et là, mais juste libéral, je peux vous assurer que l'ultra libéralisme ici on nage dedans et c'est bien différent.
Ceci dit, "trouver des coupables" est une idée stupide, ce seront tout au plus des boucs émissaires qu'on va trouver à la crise, puisque c'est le système entier qui est responsable.
Si la crise actuelle favorise Obama ?? Oui, il vient de repasser en tête dans les sondages et si ça continue il va être élu. C'est l'un des seuls avantages que je trouve à la crise....
Si la crise va arriver en Europe ? Oui, elle y est déjà mais surtout sur les marchés financiers pour l'instant. Elle n'a pas vraiment atteint l'économie bancaire mais devrait s'y propager je pense. Et ça va toucher ce qu'on appelle "l'économie réelle", c'est à dire la consommation, l'emploi et la croissance. Pour l'instant on a surtout la croissance qui est touchée depuis des mois.
Je pense que Marx doit sauter de joie dans sa tombe actuellement, si il était encore là, on aurait droit au "je vous l'avais bien dit"( je pense que d'autres s'en chargeront)
Les possibilités de relance de la croissance sont quasi impossibles et se jouent à la marge en France, pour la simple et bonne raison qu'une relance par la politique Keynesienne (travaux, distribution de revenus par l'Etat pour relancer la croissance) sont rendues impossible par les critères de Maastricht qui interdit de creuser le déficit à plus de % du PIB.
Hors une politique de relance coûte très cher à l'Etat.
Et pour tous les vieux qui râlent contre l'Europe, je rappelle juste que c'est la France et l'allemagne qui ont insisté sur ce critère parce qu'elles avaient peur de l'économie des nouveaux pays entrants.... difficile de revenir dessus maintenant. (Lea, Thais et Marion, vous voyez bien que je l'ai buchée mon économie l'an dernier !!!)
Il reste une réforme structurelle : en profondeur : sur la façon de produire, de redistribuer les richesses etc... le problème c'est sur quelles bases ? Et si la France est la seule à la faire, ça sert à rien. (merci brossard une fois de plus qui nous a donné les clés d'analyse de l'économie européenne !!)
Bref ici c'est le grand bazar mais c'est passionnant, d'autant plus qu'il y a personne pour régler les problèmes actuels parce que la présidence est véritablement en vacance... les trois quarts de l'administration Bush ont déjà plié bagage et le Congrès se tappe dessus, les Républicains voulant sauver les enseignes et les démocrates les pauvres et les classes moyennes qui n'ont plus de maison et sont écrasés sous le crédit...
Et les plans de sauvetage américain me font penser à la fin du Titanic : (si, vous savez bien :"les femmes et les enfants d'abord !") entassés à trente sur une cannot de sauvetage...forcément ça flotte pas longtemps...
J'ai eu la chance de tomber sur une citation du ministre des finances allemand qui aurait déclaré hier que la lumière que l'on croirait voir au bout du tunnel pourrait bien être celle du train qui arrive en sens inverse. J'aime ce pays toujours si optimiste !!!
jeudi 25 septembre 2008
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